Simard, Julie (2025). Soldat augmenté : repenser les principes de la guerre juste. Mémoire. Rimouski, Université du Québec à Rimouski, Département de lettres et humanités, 253 p.
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Résumé
RÉSUMÉ : Ce mémoire propose une analyse éthique de l'impact des soldats augmentés (SAs) sur les fondements de la théorie de la guerre juste (TGJ), traditionnellement articulée autour des trois volets que sont le : jus ad bellum (le droit avant la guerre), le jus in bello (le droit pendant la guerre) et le jus post bellum (le droit après la guerre). Les SAs peuvent être définis comme des militaires dont les capacités physiques, cognitives ou sensorielles sont renforcées à l'aide de technologies biomédicales, pharmacologiques ou d'intelligence artificielle (IA). Leur développement et leur emploi lors de conflits armés soulèvent des enjeux inédits quant à la légitimité de l'usage de la force, la conduite des hostilités et la gestion de l'après-conflit. Ce travail s'inscrit dans le contexte des conflits contemporains, marqués par une intensification technologique et une redéfinition des rapports entre guerre, éthique et société. Il s'adresse autant aux décideurs politiques et aux autorités militaires, en particulier dans le cadre des forces armées occidentales et canadiennes, qu'aux acteurs du champ éthique et juridique, en intégrant également les préoccupations liées aux droits des civils et aux normes humanitaires. L'hypothèse centrale soutient que l'intégration des SAs dans les opérations militaires nécessite une adaptation, voire un renforcement, des principes de la TGJ, afin d'assurer la pérennité d'une éthique de la guerre dans un environnement technologique en mutation rapide. Pour explorer cette hypothèse, une méthodologie mixte a été adoptée, combinant une revue narrative multidisciplinaire (philosophie, éthique, droit international et études stratégiques) ainsi que l'élaboration de scénarios à partir de la méthodologie « Fictional Intelligence » (FICINT). Ces scénarios, inspirés de données empiriques et de tendances émergentes, permettent d'anticiper les dilemmes éthiques potentiels liés à l'emploi des SAs dans les trois temps du conflit à savoir le jus ad bellum, le jus in bello et le jus post bellum. Les résultats de notre analyse indiquent que, bien que les SAs puissent renforcer l'efficacité tactique et réduire certaines vulnérabilités humaines, ils tendent également à brouiller la distinction entre combattants et non-combattants, à abaisser le seuil moral du recours à la force, et à engendrer des responsabilités diffuses au sein des chaines de commandement, particulièrement lorsque l'IA intervient dans la prise de décision. En phase post-conflictuelle, leur réintégration pose des défis spécifiques liés à l'altération des fonctions cognitives et à la continuité du soutien psychosocial. En conclusion, cette recherche confirme la valeur normative de la TGJ, tout en soulignant la nécessité de l'adapter aux réalités des guerres technologiques. Nous proposons des recommandations concrètes en matière de gouvernance éthique, de régulation juridique et de soutien institutionnel pour encadrer l'intégration des SAs dans un cadre conforme aux exigences de la justice en guerre. -- Mot(s) clé(s) en français : Soldat augmenté, théorie de la guerre juste, jus ad bellum, jus in bello, just post bellum, éthique militaire, augmentation des capacités humaines, soldat cyborg, FICINT, Fictional Intelligence, intelligence artificielle, technologies émergentes, droit international, humanitaire, guerre technologique, droit des conflits armés, responsabilité morale, réintégration post-conflit. --
ABSTRACT : This dissertation offers an ethical analysis of the impact of enhanced soldier (ES) on the foundations of just war theory (JWT), traditionally articulated around three strands: jus ad bellum (justice before war), jus in bello (justice during war) and jus post bellum (justice after war). Defined as military personnel whose physical, cognitive or sensory capacities are enhanced by biomedical, pharmacological or artificial intelligence (AI) technologies, the development and deployment of ES in armed conflict raises new issues concerning the legitimacy of the use of force, the conduct of hostilities and post-conflict management. This work is set in the context of contemporary conflicts, characterized by technological intensification and a redefinition of the relationship between war, ethics, and society. It targets not only political decision-makers and military authorities but also those involved in ethical and legal fields, while addressing concerns related to civilian rights and humanitarian norms. The central hypothesis is that the integration of ES into military operations necessitates adapting, or even reinforcing, the principles of JWT, to maintain a sustainable ethic of war in a rapidly evolving technological landscape. To explore this hypothesis, a mixed methodology was adopted, combining a multidisciplinary narrative review- including philosophy, ethics, international law and, strategic studies- with the development of scenarios based on the Fictional Intelligence (FICINT) methodology. These scenarios, inspired by empirical data and emerging trends, anticipate potential ethical dilemmas linked to the integration of ES in the three stages of conflict. The results of our analysis indicate that, while ES can enhance tactical effectiveness and mitigate some human vulnerabilities, they also tend to blur the distinction between combatants and non-combatants, lower the moral threshold for the use of force, and generate diffuse responsibilities within command structures, particularly when AI is involved in decision-making. In the post-conflict phase, the reintegration of ES poses specific challenges linked to potential cognitive impairment and the need for continued psychosocial support. In conclusion, this research confirms the enduring normative value of JWT, while highlighting the need to adapt it to the realities of technologically advanced warfare. We propose concrete recommendations for ethical governance, legal regulation, and institutional support to guide the deployment of ES within a framework that upholds the principles of justice in war. -- Mot(s) clé(s) en anglais : Enhanced soldier, just war theory, jus ad bellum, jus in bello, just post bellum, military ethics, human enhancement, FICINT, Fictional Intelligence, artificial intelligence, cyborg soldier, super soldier, emerging technologies, international humanitarian law, technological warfare, enhanced warfighters, law of armed conflict, moral responsibility, post-conflict reintegration.
| Type de document : | Thèse ou mémoire de l'UQAR (Mémoire) |
|---|---|
| Directeur(trice) de mémoire/thèse : | Haidar, Hazar |
| Information complémentaire : | Mémoire présenté dans le cadre du programme de maîtrise en éthique en vue de l'obtention du grade de maître ès arts. |
| Mots-clés : | Soldats augmentés; Guerre juste; Guerre - Aspect moral; Morale militaire; Théorie de la guerre juste; Soldats cyborgs. |
| Départements et unités départementales : | Département de lettres et humanités > Éthique |
| Date de dépôt : | 05 févr. 2026 19:27 |
| Dernière modification : | 05 févr. 2026 19:27 |
| URI : | https://semaphore.uqar.ca/id/eprint/3451 |

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