Bao, Jessica (2026). Réponses spatiotemporelles de grands mammifères à un gradient d'intensité d'activités récréatives dans quatre parcs nationaux. Mémoire. [Rimouski], Université du Québec à Rimouski, Département de biologie, chimie et géographie, 112 p.
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Résumé
RÉSUMÉ : L'utilisation de l'espace par les animaux résulte d'un compromis entre l'acquisition des ressources et le risque de prédation. Dans les paysages contemporains, les activités humaines, incluant les activités récréatives, modifient ce compromis en influençant la perception du risque et en restructurant le « paysage de la peur ». En effet, les activités récréatives peuvent induire diverses réponses anti-prédatrices chez les grands mammifères, influençant ainsi leur répartition spatio-temporelle. Dans les aires protégées, la croissance rapide de la fréquentation par les visiteurs représente un défi important pour la conservation, en particulier pour les grands mammifères, en raison de l'étendue de leurs besoins en espace et de leur sensibilité aux perturbations humaines. Mon mémoire évalue l'influence des activités récréatives sur l'utilisation de l'espace par de grands mammifères dans quatre parcs nationaux du Québec, en tenant compte des traits d'histoire de vie des espèces et du contexte écologique. J'ai posé l'hypothèse selon laquelle les activités récréatives, perçues comme un risque, induisent des réponses comportementales variant selon le statut de proie ou de prédateur, le niveau de fréquentation des parcs et le contexte paysager, et modifiant la répartition spatio-temporelle des espèces. Les parcs étudiés (Mont-Orford, Grands-Jardins, Jacques-Cartier et Monts-Valin) couvrent un gradient de superficie, d'intensité de fréquentation et d'anthropisation du paysage. Un total de 517 pièges photographiques a été déployé sur une période de deux étés, générant 34 984 jours-caméras et près de 5 millions d'images. Ces données ont permis de quantifier à la fois les détections animales et l'intensité des activités récréatives. Les détections des espèces de grands mammifères, lorsque suffisantes, ont été modélisées en fonction de la distance au sentier le plus proche, de l'intensité d'utilisation humaine des sentiers et de covariables environnementales, en distinguant, lorsque possible, les périodes diurnes et nocturnes pour capter des réponses temporelles à fine échelle. Mes résultats révèlent des réponses propres à chaque espèce et fortement dépendantes du contexte. L'orignal (Alces alces americana), un grand herbivore à histoire de vie lente et faible tolérance aux humains, présentait des occurrences plus élevées loin des sentiers, ce qui suggère une perte fonctionnelle d'habitat à proximité des sentiers. À l'inverse, le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) présentait des réponses non linéaires et une grande plasticité comportementale. Ses détections étaient maximales à des distances intermédiaires et une forte fréquentation diurne des sentiers par les humains était associée à une diminution des occurrences nocturnes à proximité de ceux-ci. Les modèles analytiques des données d'ours noir (Ursus americanus) n'ont révélé aucune relation avec les variables associées à notre hypothèse. Finalement, le nombre de détections d'autres espèces (coyote Canis latrans, loup Canis lupus, caribou Rangifer tarandus caribou) était insuffisant pour effectuer des analyses statistiques. Les réponses obtenues suggèrent que les perturbations récréatives interagissent avec les traits d'histoire de vie des espèces et le contexte local pour structurer l'utilisation de l'espace. Mon mémoire montre que les activités récréatives agissent comme un processus spatio-temporel interactif, où l'intensité et la phénologie de l'activité humaine façonnent l'utilisation de l'espace par les grands mammifères. En intégrant des analyses multi-espèces, multi-sites et spatio-temporelles à fine échelle, mon travail suggère que les activités récréatives peuvent agir comme un filtre écologique, favorisant les espèces tolérantes aux perturbations et modifiant la dynamique des communautés animales. Mes résultats fournissent des paramètres clés pour améliorer la gestion des activités récréatives afin de favoriser une coexistence durable entre les usages récréatifs et la conservation de la faune dans les aires protégées. -- Mot(s) clé(s) en français : aires p otégées, Alces alces americana, caméras à détection automatique, réponses comportementales, Odocoileus virginianus, perception du risque, utilisation de l'espace. --
ABSTRACT : Animal space use reflects a trade-off between resource acquisition and predation risk. In contemporary landscapes, human activities, including outdoor recreation, are increasingly embedded within this trade-off by reshaping risk perception and modifying the "landscape of fear." Disturbances from recreational activities can induce a range of anti-predator responses in large mammals, thereby influencing their spatiotemporal distribution. In protected areas, the rapid growth of recreational use poses important conservation challenges, particularly for large mammals, considering their extensive spatial requirements and sensitivity to human disturbance. My thesis investigates how recreational activities influence space use by large mammals in four of Quebec's national parks, while accounting for species' life-history traits and ecological context. I hypothesized that recreational activities are perceived as a risk, inducing behavioural responses that vary with predator-prey status, the intensity of human trail use, and landscape context, thereby altering the spatiotemporal distribution of large mammals. The parks surveyed (Mont-Orford, Grands-Jardins, Jacques-Cartier, and Monts-Valin) represent a gradient in park area, recreational pressure, and land use intensity. I deployed an extensive camera-trap network (517 cameras, 34,984 camera-days) and collected ~5 million images over two summers to quantify wildlife detections and recreational intensity. Species detections, when sufficient, were modelled as a function of distance to the nearest trail, human trail use and environmental covariates, while distinguishing between daytime and nighttime periods whenever possible, to capture fine-scale temporal responses. My results revealed strong context-dependent and species-specific responses. Moose (Alces alces americana), a large herbivore with a slow life-history strategy and low tolerance to humans, exhibited higher detection rates further from recreational trails, suggesting functional habitat loss near trails. On the other hand, white-tailed deer (Odocoileus virginianus) exhibited non-linear responses to trail proximity and high behavioural plasticity, with peak detection rates at intermediate distances and carry-over effects, whereby high daytime recreation was associated with lower detection rates near trails at night. Candidate models for black bear (Ursus americanus) did not reveal any relationship with the variables linked to our hypothesis. Finally, detection numbers of other species (coyote Canis latrans, grey wolf Canis lupus, caribou Rangifer tarandus caribou) were insufficient to perform statistical analyses. These species-specific responses suggest that recreational disturbance interacts with species traits and local context to structure wildlife space use. Conceptually, my thesis advances our understanding of recreation as an interactive spatiotemporal process in which the intensity and timing of human use shape space use by large mammals. By integrating multi-species, multi-site and fine-scale spatiotemporal analyses, my work suggests that recreational activities act as an ecological filter, favouring disturbance-tolerant species and altering animal community dynamics. These findings provide key parameters to improve our management of recreational activities and favour long-term coexistence between recreation and wildlife conservation in protected areas. -- Mot(s) clé(s) en anglais : Alces alces americana, behavioural responses, camera traps, Odocoileus virginianus, protected areas, risk perception, space use.
| Type de document : | Thèse ou mémoire de l'UQAR (Mémoire) |
|---|---|
| Directeur(trice) de mémoire/thèse : | St-Laurent, Martin-Hugues |
| Co-directeur(s) ou co-directrice(s) de mémoire/thèse : | Villard, Marc-André |
| Information complémentaire : | Mémoire présenté dans le cadre du programme de maîtrise en biologie en vue de l'obtention du grade de maître ès sciences. |
| Mots-clés : | Comportement spatial chez les animaux; Orignal - Distribution géographique - Effets des êtres humains sur; Cerf de Virginie - Distribution géographique - Effets des êtres humains sur; Loisirs de plein air; Parcs nationaux - Québec (Province); Alces alces americana; Odocoileus virginianus. |
| Départements et unités départementales : | Département de biologie, chimie et géographie > Biologie |
| Date de dépôt : | 17 sept. 2026 17:52 |
| Dernière modification : | 17 sept. 2026 17:52 |
| URI : | https://semaphore.uqar.ca/id/eprint/3601 |

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